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Antigonia, quelques mots de l’auteur

'Peut-on écrire sur la littérature elle-même ?… C’est la question que mes personnages se posent dès les premières pages, et sûrement à juste titre.
Je ne connais pas la réponse…
La plupart des gens pensent qu’écrire veut dire mener une existence à part, en profitant de libertés, d’une inspiration non-stop. Quel privilège ! Mais en réalité, c’est un travail acharné, jamais récompensé à sa juste valeur. Parce qu’il s’agit de réparer ce qui est réparable, de faire face à soi-même, d’affronter sa propre imperfection, sans parler de celle du monde, univers clos, comme on sait, qui n’aime pas trop qu’on le décortique, parce que dès qu’il est intercepté par la parole, il est presque obligé d’évoluer dans le sens du texte…
J’affirme, et je signe, que parmi les écrivains véritables, rares sont ceux qui ont du plaisir à écrire. Et ce qui est pire encore, c’est que plus le texte est bon, plus on perd de plumes à l’écrire, et par la suite aussi, car la vraie littérature n’en intéresse, au fond, que quelques-uns. Si elle a rendu certains « riches et célèbres », jamais elle n’a rendu quiconque, qui écrit, heureux. C’est un fait. Alors pourquoi continue-t-on d’écrire ? Pourquoi l’image écrite continue-t-elle de survivre, d’occuper l’esprit des gens, de le nourrir?… Je crois que nous possédons tous cette faculté bizarre en soit de voir au travers des choses, le sens absolu d’une autre réalité, parallèle. Et certains ne peuvent se contenter de la porter en eux, ils sont forcés de la révéler. C’est pour ça qu’on écrit. C’est comme une vie de plus… Le texte d’« Antigonia » parle aussi de ce phénomène. Je l’ai écrit longuement, avec beaucoup de contraintes, et aussi de gaucheries… Je n’ai pas fait mieux que mes personnages qui me ressemblent si peu, et sont mes alter egos en même temps. Oscillant entre des mondes, au fond si improbables…'

Viatcheslav Répine

octobre 2009